Un village lunaire : utopie ou réel projet?

Le 11 juin 2016, j’ai eu la chance d’assister au TEDxPantheonSorbonne. Parmi les interlocuteurs, Claudie Haigneré, première française à aller dans l’espace, ancienne astronaute devenue conseillère auprès du directeur de l’ESA. Elle était là pour parler d’un projet : celui de construire un village sur la Lune. Un projet qui peut sembler complètement fou, mais qui ne l’est pas tant que cela.

Un intérêt constant pour un astre unique

La Lune n’a cessé de fasciner des générations d’êtres humains. Même sans être particulièrement curieux, tout le monde s’est déjà interrogé sur la nature de ce disque lumineux qui apparaît la nuit et dont la forme change. Les civilisations ont généralement attribué un caractère divin au satellite, des étrusques aux inuits en passant par les aborigènes et les grecs. Il a ensuite été globalement admis qu’aucune divinité ne se cachait derrière la Lune. Et enfin, comme avec tout ce qu’il l’entoure, l’homme à chercher à connaître l’astre, à le comprendre. Il faut dire qu’il n’est pas si banal que cela : il s’agit de l’unique satellite naturel de la Terre. Dans notre système solaire, Jupiter possède 67 satellites confirmés, Mars en possède 2, Mercure et Vénus n’en possèdent pas, et la Terre est la seule planète à n’avoir qu’un seul satellite naturel. Et l’unicité attise la curiosité.

Apollo9
Module de commande de la mission Apollo 9 pris en photo depuis le module lunaire, au dessus du Nouveau-Mexique – Crédits : NASA

Un objectif récurrent des missions spatiales

En tant que satellite naturel de la Terre, il s’agit donc du corps céleste le plus proche, le plus facilement observable, et donc le plus à même d’intéresser les scientifiques. Bien entendu, le reste du système solaire, et même de l’univers, sont des sujets d’études sur lesquels planchent de nombreuses personnes. Mais en matière de recherche spatiale, après avoir envoyé des objets en orbite, la Lune a été l’objectif principal. Et dès que l’homme a été mis sur orbite, il a été question de l’envoyer sur la Lune. Le contexte de Guerre Froide a fortement contribué à la recherche dans le domaine spatiale, qui était un moyen pour les deux superpuissances de démontrer leur supériorité. Si l’URSS a envoyé le premier homme dans l’espace, Youri Gagarine, en 1961, les États-Unis ont répliqué quelques semaines plus tard avec le lancement du programme Apollo, avec pour but d’envoyer des hommes sur la Lune avant la fin de la décennie. L’objectif sera rempli puisqu’en Juillet 1969, la mission Apollo 11 envoie 4 hommes sur la Lune.

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Décollage de la fusée ayant à son bord l’équipage de la mission Apollo 11, les premiers hommes à aller sur la Lune – Crédits : NASA

En tout et pour tout, depuis le premier pas sur la Lune par Neil Armstrong le 21 juillet 1969, 12 personnes ont foulé le sol lunaire. La dernière mission sur la Lune, en 1972, est aussi celle du plus long séjour sur le satellite: 74 heures et 59 minutes. Eugene Cernan est le dernier homme à marcher sur la Lune, le 14 décembre 1972. Et depuis environ 44 ans, il n’y a plus eu de présence humaine sur le sol lunaire. Mais l’intérêt renaît : on commence à envisager d’aller sur Mars, et un premier passage sur la Lune serait une étape décisive, si ce n’est obligatoire, avant de se lancer à la conquête de la planète rouge. La Chine a d’ailleurs récemment annoncé vouloir envoyer un homme sur la Lune d’ici à 2036. Jusqu’à maintenant, seuls les États-Unis sont parvenus à un tel exploit, malgré les tentatives de l’URSS suite au programme Apollo. Mais au-delà de renvoyer des hommes sur la Lune, des projets plus ambitieux encore voient le jour, comme celui d’implanter une base lunaire habitée en permanence.

Plusieurs difficultés majeures à résoudre

Ce projet n’est pas une simple lubie de quelques passionnés d’espace, cela va bien plus loin. Il s’agit en effet là d’un projet que commence à mettre en place l’ESA, l’agence spatiale européenne. Présenté par le directeur de l’ESA peu après sa prise de fonction, en 2015, il semble ambitieux et dans l’air du temps. En effet, le village ne pourra se construire sans l’aide de partenaires externes, et notamment des entreprises privées. La décision de la FAA d’autoriser MoonExpress à exploiter les ressources lunaires offre en effet un champs de possibles qui jusque là n’étaient pas réalistes. Désormais, les entreprises vont voir dans la Lune une source potentielle de profit, et vont donc pouvoir investir et aider les agences gouvernementales à mener à bien de tel projets. Il reste bien entendu de nombreux écueils à surmonter, la Lune étant un environnement particulièrement hostile pour l’homme.

Viennent spontanément en tête plusieurs problèmes, comme par exemple le manque d’eau, d’oxygène et de nourriture. En réalité, il ne s’agit pas là des principaux soucis, le satellite étant assez proche de la Terre, il est envisageable d’envoyer de telles ressources. De plus, la mise en orbite station spatiale internationale a déjà enclenché une réflexion à ce niveau, et le manque de ressources à disposition ne remet pas en cause la faisabilité du projet. La gravité moins importante sur la Lune peut être à l’origine de problèmes de santé pour des hommes adaptés à la gravité terrestre. Mais un autre élément constitue un écueil majeur, auquel on ne pense pas souvent puisque cela est tellement naturel sur Terre : la Lune ne possède pas d’atmosphère. Cela a une influence directe sur les chutes de météorites. Sur Terre, les plus petites sont vaporisées avant d’atteindre la surface, ce qui n’est pas le cas sur la Lune. De même l’absence de magnétosphère sur la Lune expose les futurs habitants du village à des radiations solaires violentes, dont nous sommes protégés sur Terre.

MoonVillage : un tremplin vers Mars… et plus loin encore

L’idée de l’ESA est d’utiliser les matériaux présents sur place pour durcir les installations. Présentée dans une vidéo, et régulièrement mentionnée lorsque l’on évoque le projet de MoonVillage, la solution est ingénieuse : imprimer en 3D la coque des installations. Pour cela, des structures gonflables sont déployées sur la surface lunaire, puis des rovers sont chargés de collecter de la poussière et d’imprimer autour des structures gonflables une carapace en dur. Le concept d’installation gonflable peut paraître fou, mais l’ISS est dotée depuis le premier semestre de 2016 d’un module gonflable, pour tester la faisabilité d’une telle structure.

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Vue d’artiste d’un dôme du village lunaire imaginé par l’ESA – Crédits : ESA/Foster + Partners

Le projet de l’ESA est particulièrement ambitieux. D’autant plus que l’objectif est annoncé pour la fin de la prochaine décennie, aux alentours de 2030. Un délai qui semble au premier abord difficile à tenir lorsque l’on voit la Chine annoncer un homme sur la Lune pour 2036. Néanmoins, on a l’impression de revoir là un projet semblable à Apollo : un objectif ambitieux dans un délai extrêmement court. On connaît aujourd’hui tous le succès qu’à rencontré Apollo. On est donc en mesure d’espérer une réussite de MoonVillage. Les retombées seraient vertigineuses. L’Union Européenne, acteur majeur de la recherche spatiale, enverrait un message fort, qui marquerait les générations futures, en menant à bien un tel projet. De quoi potentiellement, souder une Union qui semble parfois se désagréger. Et au-delà de simples considérations géopolitiques, une base lunaire serait un pas gigantesque vers la conquête spatiale, vers l’arrivée de l’homme sur une autre planète et, pourquoi pas, à terme, vers un autre système solaire. Pour que de tels projets aboutissent, MoonVillage est une étape nécessaire, et d’ores et déjà amorcée par l’ESA.

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Vue d’artiste du village lunaire imaginé par l’ESA – Crédits : ESA/Foster + Partners

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