Tiangong-1 : syndrome d’un mal spatial plus important

De très nombreux médias occidentaux ont relayé l’information : la station spatiale chinoise Tiangong-1 serait hors de contrôle et s’écrasera sur Terre de façon imprévisible. Un tel scénario avait été intuité dès juillet, mais a été confirmé il y a une semaine, après le succès du lancement de la station Tiangong-2. Cette perte de contrôle amène à s’interroger à nouveau sur le problème des débris spatiaux.

Programme spatial : la Chine en autarcie

Les programmes spatiaux étatiques demandent généralement des ressources financières extrêmement élevées, à tel point que les pays ont depuis plusieurs années décidés de s’allier pour partager les dépenses. Même en période de Guerre Froide, les États-Unis et l’URSS ont fini par s’associer, notamment sur le programme Mir. Aujourd’hui, la Station Spatiale Internationale, qui a succédé à la station Mir, est le fruit d’un travail des agences américaine, russe, européenne, canadienne et japonaise : des états aux programmes spatiaux avancées, disposant de ressources technologiques et financières élevées.

Soyouz
Soyouz, vaisseau spatial russe (initialement soviétique)

En revanche, la Chine fait face aux inquiétudes américaines en matière de sécurité, et ne peux pas rejoindre l’ISS. Elle a donc décider de lancer son propre programme de station spatiale, national. Cela implique donc de développer toute la technologie associée aux lancements de vaisseaux habités, de façon a ne dépendre d’aucun autre acteur. La station Tiangong-1 a été la première concrétisation de ce vaste projet. La station est bien plus petite que ne l’ont été les stations spatiales jusque là, et est technologiquement très en retard sur ce que sont aujourd’hui en mesure de faire la NASA ou l’ESA par exemple. Elle marque néanmoins un tournant majeur pour la Chine. Envoyée en 2011, il était prévu qu’elle accueille des taïkonautes (le nom donnée aux astronautes chinois) jusqu’en 2013. Ensuite, elle aurait normalement dû être dirigée vers la Terre de façon à se désintégrer en partie dans l’atmosphère, les débris retombant dans l’océan à un endroit défini. Le programme Tiangong prévoit l’envoi de 3 autres stations : Tiangong-2, assez semblable à Tiangong-1, puis Tiangong-3, une station plus imposante, et enfin une station spatiale conséquente, après 2020. Là encore, cela ne serait pas une prouesse technologique, mais marquerait malgré tout un tournant dans l’histoire spatiale.

Tiangong-1 : un retour chaotique sur Terre

La station Tiangong-1 a jusque là été un franc succès. Les objectifs ont été atteints : la station a pu être habitée durant quelques courts séjours jusqu’en 2013, date de fin des vols habités chinois. Mais à partir de mai 2016, les premiers doutes quant à la situation de la station ont commencé à apparaître. Certains observateurs ont émis l’hypothèse que la station était hors de contrôle, qu’elle ne répondait plus et finirait donc par s’écraser sur Terre de façon imprévisible, en 2017 ou 2018. Ces informations ont souvent été démenties, ou du moins nuancées, par de nombreux scientifiques, ne voyant rien d’anormal au silence de la Chine concernant le lieu prévu du crash de la station.

Mais le silence a été brisé le 14 septembre 2016, une date hautement symbolique puisqu’il s’agissait de la veille du lancement de Tiangong-2, lancement qui s’est déroulé avec succès. Lors d’une conférence de presse, plusieurs informations importantes ont été révélées concernant la fin de Tiangong-1. En effet, l’agence spatiale chinoise prévoit un retour sur Terre durant le second semestre de 2017. Il a aussi été annoncé que « la plus grande partie du laboratoire spatial brûlera lors de la chute », que les débris restants ne devraient avoir aucun impact sur le trafic aérien, et que des informations complémentaires seront transmises concernant le point de chute, si le gouvernement juge que ces informations sont nécessaires. Des déclarations qui ont été interprétées comme l’aveu d’une perte de contrôle de la station. Une conclusion a prendre donc avec précaution.

Le nombre important d’articles, dans les médias occidentaux, concernant cette information, peut faire froid dans le dos. En pratique, il est fort peu probable que cela ait une quelconque incidence. Compte tenu de la répartition des océans sur Terre, il y a en effet une forte probabilité pour que les débris y retombent. Et même en cas de chute sur la terre ferme, là encore il est plus probable que cela se produise dans une zone inhabitée. Enfin, le caractère incontrôlable de la descente ne rend pas complètement imprévisible le point de chute. Cela complique énormément la prédiction, certes, mais il sera malgré tout possible d’anticiper le point de chute, quelques heures ou quelques jours avant. De quoi laisser le temps de s’éloigner, et de ne pas risquer de se faire blesser par les débris. Et pour ceux qui resteraient sceptiques ou craintifs, il n’existe pas à ce jour de personne décédée à cause d’une chute de météorite. Des débris spatiaux ont vraiment très peu de chance d’atteindre qui que ce soit.

spoutnik
Réplique de Spoutnik-1, premier satellite artificiel, lancé par l’URSS en 1957

Les débris spatiaux : un problème particulièrement préoccupant

Une question primordiale se pose, comme à chaque incident : comment est-ce possible ? Comment peut-on perdre le contrôle d’une station spatiale ? Si la question est légitime, il n’y a pour l’instant pas de réponse concernant la cause de la perte de contrôle. Il est d’ailleurs important de préciser que cette perte de contrôle est une déduction suite à une conférence de presse, mais que cela ne semble pour l’instant pas avoir été officiellement confirmé. L’espace est un environnement hostile non seulement à la vie, mais aussi aux fabrications humaines. Les différences de températures, entre les moments d’ensoleillement et les périodes passées caché du soleil sont énormes, le matériel électronique est constamment bombardé de puissantes radiations : l’électronique embarquée dans les stations spatiales peut en souffrir. Et lorsque l’on voit que certains projets de l’ESA rencontrent des problèmes à ce niveau là (la sonde Philae a par exemple rencontré ce genre d’incident), on imagine aisément que la Chine puisse se trouver dans cette situation.

Un autre facteur entre aussi en compte : les débris spatiaux en orbite autour de la Terre peuvent aussi endommager les équipements. Et il est particulièrement compliqué de se protéger contre de tel événements. Selon Direct Matin, la station serait endommagée. On peut donc penser à une collision avec des débris spatiaux. Un problème qui risque bien de ralentir considérablement les avancées spatiales. En effet, l’espace est pollué de débris de tailles variables, présents dans un nombre dépassant l’entendement. Restes de lanceurs, vestiges de collisions de satellites, plus de 6000 tonnes de débris gravitent autour de la Terre. La très grande majorité de ces débris sont de taille relativement petite, et s’ils retombaient sur le sol terrestre, ils seraient vaporisés avant d’atteindre leur point de chute. Les quelques débris suffisamment gros pour toucher le sol sont suivis lors de leur chute pour s’assurer qu’aucun accident ne peut avoir lieu.

Ces débris ne sont d’ailleurs pas un problème pour ce qui se passe sur Terre, mais plutôt pour ce qui essaye d’en sortir. Les débris spatiaux sont en effet la cause principale de la mise hors service de satellites. Les vitesses en jeu sont tellement importantes que la moindre collision, même avec un objet de 1mm, peut suffisamment endommager un satellite pour le rendre inutile. Le problème majeur, c’est qu’à chaque collision entre deux débris, ce sont plus de débris encore plus petits qui en résultent. Appelé syndrome de Kessler, ce phénomène inquiète les scientifiques, car plus un débris est petit, plus il est compliqué de le suivre. Et le nombre de ces résidus est tellement important qu’aujourd’hui, on est bien conscient que le nettoyage naturel de l’espace (la désintégration lors de l’entrée dans l’atmosphère) ne suffira pas à résoudre le problème. Et les agences spatiales travaillent sur de nombreux projets visant à nettoyer l’espace. Car si aujourd’hui aucune perte humaine n’est à déplorer, cela pourrait finir par arriver. Surtout avec des projets de vols touristiques vers l’espace, augmentant fortement le nombre d’être humains en orbite. Car il ne faut pas oublier que le film Gravity s’inspire d’un scénario réellement envisagé par la NASA, et n’est pas une simple œuvre de science-fiction.

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Crédits de l’image de couverture : NASA’s Marshall Space Flight Center

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