Revue – Packing for Mars de Mary Roach

S’intéresser à l’exploration spatiale n’est pas chose aisée : si le sujet est passionnant, il peut être compliqué de savoir par quel bout le prendre. On peut se demander par où commencer, comment faire pour en apprendre plus. Un néophyte n’aura pas forcément envie de rentrer immédiatement dans les détails techniques, et il serait dommage de passer à côté d’éléments importants. Et surtout : il faut débuter par un ouvrage qui ne repousse pas, c’est à dire qui soit agréable à lire, qui ne perde pas le lecteurs en faisant référence à des détails techniques. En bref : il faut débuter par un ouvrage intéressant, condensés d’histoires et d’anecdotes, pour permettre de placer le décor général, agrémenté de quelques détails et anecdotes amusants, surprenants et intéressants.

Il y a énormément de livres qui permettent de mettre un premier pied dans le sujet, et qui correspondent aux critères mentionnés ci-dessus. A mon avis, débuter par une autobiographie, si l’on n’est pas un minimum familier avec le domaine, est un peu ardu, et peut rebuter. En revanche, j’ai lu plusieurs livres en relation avec l’exploration spatiale, et certains d’entre eux sont un bon point d’entrée potentiel pour celui qui s’y intéresse un peu sans trop savoir par où commencer, et je ne doute pas que beaucoup de livres que je n’ai pas encore lu le permettent tout autant. Néanmoins, le premier livre à proposer une vision d’ensemble que j’ai pu lire est celui de Mary Roach, Packing for Mars.

Je suis tombé sur ce livre un peu par hasard, et ça a été un véritable électro-choc. Le style d’écriture de Mary Roach, ainsi que sa façon de parler de l’exploration spatiale m’ont particulièrement touché. Les recherches sont très abouties, et les informations, très précises, sont détaillées avec clarté; la lecture coule naturellement, et les pages se dévorent. Le livre commence au Japon, et plus précisément dans les bâtiments de l’agence spatiale japonaise, la JAXA, en plein recrutement d’astronautes. Le gros des candidats a été éliminé, et il ne reste alors que quelques personnes potentielles, isolées entre elles et scrutées en permanence par les recruteurs.

Quel est l’intérêt de demander aux candidats de réaliser 1 000 grues en origami sur l’ensemble de la période d’isolement? En quoi décaler l’heure du déjeuner s’avère être intéressant pour les recruteurs? Ces questions sont posés, et trouvent leurs réponses dans les premières pages de ce livre. Mais, au delà d’y répondre, l’auteure expose sa réaction, raconte une anecdote sur son séjour au Japon qui fait échos à sa surprise, et y répond. Elle nous emmène avec elle au pays du soleil levant. D’autres éléments essentiels sont soulevés : la culture au Japon est très différente de la notre, en ce qui concerne le rapport à l’autorité par exemple. Mais dans l’ISS, tous les astronautes doivent coopérer et l’équipage doit fonctionner quelles que soient ces différences initiales. Les qualités requises pour un voyage martien sont identiques quel que soit le pays d’origine de l’astronaute : comment les prendre en compte? Comment gérer ces différences? Quelles qualités doivent être présentes au départ et lesquelles pourront s’améliorer avec l’entraînement?

Le livre passe son temps à répondre à des questions, en poser de nouvelles, apporter quelques pistes de réflexions, et passer à un autre sujet. De digressions en digressions, les chapitres se déroulent avec plaisir : à chaque chapitre son histoire, ses anecdotes et ses questions en suspens, pour lesquelles il faudra aller chercher la réponse plus tard, ailleurs. La graine de la curiosité est plantée et fait son chemin alors qu’un nouveau chapitre, sur un nouveau sujet, débute. Et c’est là une force du livre je trouve : de façon tout à fait cohérente, le livre enchaîne les sujets abordés. Après le recrutement des astronautes japonais, et des informations sur celui des autres agences, le livre passe aux simulations d’isolement martien, puis aux sorties spatiales… Les anecdotes pleuvent, les informations s’additionnent. Toutes ne peuvent être retenues en une fois, mais forment, petit à petit, le décor global de cette aventure incroyable : la quête de l’espace

C’est dans cet ouvrage que j’ai découvert l’histoire de la première sortie spatiale américaine, avec Ed White qui prolongeait son séjour en dehors de la capsule, pour finir par y rentrer, très en retard, et très triste. C’est dans ce même livre que j’ai appris l’histoire des étrons volants d’Apollo 8 : dans le chapitre où Mary Roach explique le système rudimentaire pour remplacer les toilettes.

Là encore, c’est une qualité du livre : démystifier le domaine sans lui ôter sa superbe. Loin de l’image très lisse renvoyées par les astronautes et les agences spatiales, l’exploration spatiale est un domaine portée par des femmes et des hommes normaux, avec leur caractère, leur humour et leurs histoires. Passer la tête derrière le rideau, voir ce qu’il se passe réellement dans l’envers du décor, et mettre cela en rapport avec les réalisations incroyables de ces hommes et femmes est passionnant.

Packing for Mars
Couverture du livre. Crédits : W. W. Norton / Keenan

Packing for Mars est un des premiers livres que j’ai lu sur l’exploration spatiale, et clairement un de ceux qui m’ont le plus marqué, le plus plu et le plus appris. Il n’a l’air d’être disponible qu’en anglais, malheureusement, et c’est bien dommage parce que je suis sûr que les lecteurs français adoreraient cet ouvrage. Un ouvrage que, personnellement, je recommande chaudement.

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