Revue – Dragonfly : NASA and the crisis aboard Mir par Bryan Burrough

Dans les années 1990, les américains et les russes décident de coopérer et de fusionner leurs projets de stations spatiales : les américains planchaient alors sur la station Freedom, et les russes envisageaient de remplacer leur station Mir vieillissante. Ainsi débute le projet de station spatiale internationale. Mais, en plus de la coopération pour la construction de l’ISS, les deux pays commencent un programme commun, pour que chaque agence spatiale (Roscosmos côté russe et NASA côté USA) voit comment fonctionne l’autre, pour faciliter le travail en commun dans l’espace.

Dans le cadre du programme Mir-Shuttle, il est prévu que des cosmonautes russes effectuent des vols en navette spatiale, et des astronautes américains sont sélectionnés pour effectuer des longs séjours à bord de la station Mir. Il s’agit là des débuts de la coopération et la NASA peine à la fois à trouver des astronautes pour effectuer ces séjours sur Mir, et à les préparer comme il faut pour s’adapter au management russe. Couplées aux problèmes techniques et à l’opacité des russes sur de nombreux points, ces problématiques ont donné lieu à quelques situations qui auraient pu être désastreuses.

Dans son livre Dragonfly : nasa and the crisis aboard Mir, Bryan Burrough se focalise sur deux événements en particulier : l’incendie à bord de Mir, puis la colission d’un cargo Progress avec la station qui entraîne une dépressurisation partielle de la station. Ces deux événements ont eu lieu alors qu’un astronaute de la NASA se trouvait à bord : Jerry Linenger pour l’incendie, et Michael Foale pour la dépressurisation.

Le livre débute en suivant Jerry Linenger, juste avant le décollage de la navette Atlantis qui allait l’amener à bord de Mir. Linenger est le 4ème astronaute à effectuer un séjour de longue durée à bord de Mir dans le cadre du programme Shuttle-Mir. Avant lui sont passés Norman Thagard, Shannon Lucid et John Blaha.

Le livre permet d’en apprendre un peu plus sur les rituels des astronautes, la vie à Houston avant un décollage, mais surtout, se concentre sur l’entrainement à Star City, en Russie. Pour pouvoir séjourner à bord de Mir, les astronautes effectuent un entraînement à la cité des étoiles. Linenger a, selon les russes, une personnalité incompatible avec un séjour de longue durée en orbite. Les médecins et psychologues russes, qui ont plus d’expérience en la matière que leurs confrères américains, sentent bien que la cohabitation sera complexe mais peuvent difficilement l’empêcher de partir.

Le livre traite ensuite de la vie en orbite à bord de Mir, de la façon dont la station est gérée, de l’état dans lequel la station vieillissante se trouve. Il pointe les difficultés que rencontrent les astronautes, qui peuvent finir par en vouloir à la NASA pour la façon dont ils sont traités. On apprend notamment que John Blaha aura trouvé cette expérience particulièrement déplaisante et éprouvante.

Durant le séjour de Jerry Linenger, un incendie se déclare à bord de la station. Le livre détaille la façon dont est géré l’incendie en orbite en temps réel, et les conséquences d’un tel incident sur le management de la station. Linenger a trouvé son long séjour à bord de Mir très mal géré, avec des défauts de communication énormes, et cet incendie en est un point central, élément de friction entre le sol, Linenger et les cosmonautes russes.

Après Linenger, c’est Michael Foale qui prend la relève : contrairement à Linenger, Foale s’intègre beaucoup mieux dans l’équipage. Les personnalités des deux astronautes n’ont rien à voir, et il est intéressant de voir les différences que cela a sur la vie dans la station.

Emploi du temps, communication avec le sol, management des cosmonautes très particulières et en opposition avec la NASA, le livre permet d’apprendre de nombreux éléments sur la vie en orbite et le métier de cosmonaute. Les cosmonautes russes ont par exemple un salaire relativement peu élevé, mais touchent une prime journalière lorsqu’ils sont dans l’espace, et ont des pénalités financières à chaque faute : les cosmonautes ne rechignent donc pas à rester plus longtemps que prévu dans l’espace, et ont tendance à camoufler leurs erreurs, quitte à rester éveillés plus longtemps le soir pour corriger ce qu’ils peuvent.

Michael Foale est présent dans Mir lorsqu’un cargo Progress percute la station, au niveau du module américain, et le perce, entraînant une dépressurisation. Un incident d’une extrême gravité, gérée par une partie de l’équipage russe présent lors de l’incendie. Un séjour très difficile pour cet équipage. C’est là encore l’occasion d’en apprendre énormément sur la gestion de crise par les russes, avec un point de vue occidental.

En janvier 2017, lors du mardi de l’espace du CNES sur les impacts des vols spatiaux sur le corps humain, Michel Tognini, astronaute français, conseillait au public de lire Dragonfly, ce que j’ai fait. C’est comme ça que j’ai entendu parler de ce livre, que j’ai lu en anglais – mais il est possible de le trouver en français. Une lecture que j’ai trouvé réellement passionnante et instructive, qui livre des détails sur la vie à Star City, la vie à bord de Mir, le micro-management russe, la façon dont cette expérience à été vécue par les astronautes américains…

Dragonfly.jpg
Couverture du livre Dragonfly.

Un point à noter tout de même : le livre est sorti très tôt par rapport aux événements auxquels il se rapporte, ce qui soulève la question de comment écrire un tel livre si rapidement. A certains moments, le livre est une critique ciblée envers certaines personnes, et on peut se demander s’il s’agit là de la façon dont cela se passait réellement, ou s’il s’agit juste d’un règlement de comptes… Et bien entendu, il s’agit d’un livre qui parle énormément de la Russie et des russes, avec un point de vue occidental, et pas forcément partial. La lecture de ce livre n’en reste pas moins intéressante pour ceux qui s’intéresse à la vie en orbite, et surtout la vie à bord de Mir, relativement différente de ce qu’on peut voir aujourd’hui à propos de l’ISS (notamment parce que l’on voit surtout des images de la vie côté américain).

Bonne lecture 😉

Crédits image de couverture : NASA/Roscosmos

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