Nouvelles méthodes de communication des agences spatiales

Le 8 Décembre 2016, la NASA ouvrait un compte sur la plateforme Giphy, pour mettre à disposition des internautes différents GIFs et images. Les agences spatiales mettent actuellement l’accent sur une amélioration de leur communication vis-à-vis du grand public, pour toucher le plus grand nombre de personnes.

Des débuts sur un air de compétition

Dès la fin de la seconde guerre mondiale, la question de l’espace a commencé à se poser. Les américains ont pu mettre la main sur un stock de missiles balistiques allemands : les V2, premiers missiles balistiques de l’histoire. Certains scientifiques ont alors vu là l’opportunité d’envoyer des êtres vivants dans l’espace. Les V2 ont servi de premiers lanceurs spatiaux de l’Histoire, et les États-Unis ont envoyé des animaux dès 1947. Les premiers êtres vivants envoyés dans l’espace furent des mouches : après éjection de leur capsule, et récupération au sol à l’aide d’un parachute, les mouches étaient toujours vivantes, ce qui constituait une première information essentielle. En 1949, le singe Albert II devint le premier singe dans l’espace, le V2 envoyant Albert I n’ayant pas atteint les 100km d’altitude délimitant le début de l’espace. Malheureusement, en raison d’un incident de parachute, Albert II mourut lors du crash de sa capsule.

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Lancement d’Albert II à bord d’un lanceur V2. Crédits : Air Research and Development Command – Smithsonian National Air and Space Museum

Néanmoins, cela marqua le début de la conquête spatiale, dans laquelle l’URSS se lança immédiatement. En 1951, les soviétiques envoyèrent deux chiens dans l’espace, et purent les récupérer vivants, un exploit que les États-Unis n’avaient pas encore réussi avec des mammifères. En 1957, l’URSS maintient sa position de leader spatial en envoyant le premier animal en orbite : la chienne Laïka. A cette période, en raison du caractère novateur des expériences, les médias relayaient ces informations. Le contexte de guerre froide a probablement eu un impact sur cette communication, étant donné le besoin de surpasser l’adversaire et d’avertir le monde entier à chaque exploit.

L’URSS domine fortement les premières années de la conquête spatiale : premiers mammifères envoyés dans l’espace et récupérés vivants, premier animal en orbite, premier satellite en orbite (Spoutnik en 1957). En 1961, l’URSS envoie le premier homme dans l’espace, Youri Gagarine, et avec lui un message extrêmement fort aux USA. Cette suite de « premiers » questionne, elle intéresse, elle passionne. Au-delà du patriotisme, les deux nations sont en train de repousser les frontières du possible. Mais les États-Unis ne peuvent se permettre d’être constamment second : d’importants moyens seront déployés pour inverser la tendance avant la fin des années 60. Et c’est ainsi qu’en 1969, l’exploit américain a lieu : Neil Armstrong marche sur la Lune. Et si les soviétiques continueront de développer leur programme spatial dans de nombreux domaines, ils ne seront jamais en mesure d’envoyer des hommes sur la Lune : à ce jour, seuls les américains y sont parvenus.

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Module Vostok 1 à bord duquell Youri Gagarine a effectué le premier vol habité dans l’espace. Crédits :  Errabee

L’engouement du public pour la mission Apollo 11 est phénoménal. Les premiers pas de l’homme sur la Lune sont retransmis en direct dans le bloc occidental, et malgré le fait que cela ait eu lieu en plein milieu de la nuit, de nombreux européens ont assisté à cet évènement. On estime que 530 millions de personnes dans le monde ont pu voir Neil Armstrong sortir du module en direct. Aux États-Unis, un article du 1er Septembre 1969 annonce que 93.9% des foyers équipés d’une télévision ont regardé la couverture de la mission Apollo 11 en moyenne 15 heures entre le 14 Juillet et le 17 Juillet 1969. La couverture médiatique est impressionnante, et l’évènement passionne le monde entier.

Le début de la coopération : de la conquête à l’exploration

Petit à petit, les deux super-puissances prennent conscience des coûts extrêmement importants de leurs programmes spatiaux, et décident de coopérer sur certains points. En 1975, la mission Apollo-Soyouz permet l’accostage du module américain Apollo avec le vaisseau soviétique Soyouz. Il s’agit là d’une prouesse politique plus que technologique, et cet évènement marque la fin de la conquête spatiale, au profit de l’exploration spatiale. Un changement de terme fort de sens. Là encore, l’accostage fait la une des journaux à travers le monde, et rassure le grand public sur l’état des relations entre les États-Unis et l’URSS. Cette coopération se renouvellera avec l’accostage de la navette américaine à la station soviétique Mir, puis lors de la construction de la Station Spatiale Internationale.

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Représentation artistique de la mission Apollo-Soyouz. Crédits : NASA

Cependant, depuis plusieurs années, les choses semblent stagner. Il y a toujours quelques « premiers » évènements, mais ils ne sont pas aussi parlants que « le premier homme dans l’espace » ou « le premier homme sur la Lune ». Revenu sur Terre début d’année, l’astronaute Scott Kelly a rempli son lot de « premiers », mais être le premier astronaute à organiser un TweetChat ne bénéficie pas d’une couverture médiatique importante… Il s’agit néanmoins d’un moyen pour les astronautes d’être en contact direct avec le public, de pouvoir interagir avec les gens intéressés : les agences cherchent à modifier leurs rapports avec le monde.

De nouveaux moyens de communication

Et les opportunités ne manquent pas : le développement des réseaux sociaux et les nouveaux moyens de communication permettent aux agences spatiales de se rapprocher des passionnés d’espace, et du grand public en général. Toutes les agences ont ouvert une page Facebook, ont leur(s) compte(s) Twitter, et postent des photos sur Instagram. L’arrivée de la NASA sur Pinterest et sur Giphy il y a quelques jours montre bien la volonté d’utiliser tous les moyens à leur disposition. Il est en effet très simple désormais d’incorporer un gif dans un message : slack, messenger, nombreux sont les canaux de communications qui offrent un moyen d’envoyer un gif !

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Station Spatiale Internationale, diffusant en permanence des images de la Terre en direct. Crédits : NASA

Mais leur stratégie de communication ne s’arrête pas là. Par exemple, la NASA diffuse en permanence un direct de l’ISS : on peut voir la Terre défiler sous la Station Spatiale n’importe quand, tant que l’on a une connexion internet. L’agence diffuse aussi régulièrement des documentaires, des images d’archive, et diffuse en direct chaque sortie d’astronautes. Les différentes agences diffusent aussi en direct chaque lancement de satellites, de cargos pour l’ISS ou d’équipages. Mais il est essentiel d’être en communication permanente, pour capter le public et le garder intéressé. C’est pourquoi aujourd’hui, les astronautes sont bien plus que des scientifiques : ils sont pratiquement community managers. Les vidéos YouTube faites par les astronautes sur comment manger en orbite, comment faire du sport, ou comment se doucher en impesanteur attirent plusieurs centaines de milliers de curieux.

Un nouvel objectif : faire rêver

En France, il suffit de voir le rythme de publication de Thomas Pesquet, astronaute français ayant rejoint l’ISS en Novembre 2016. En un mois, il a tenu deux conférences de presse en direct, poste sur un blog, et publie chaque jour plusieurs clichés sur Facebook. Les agences spatiales ont un budget particulièrement limité par rapport à leurs ambitions, mais il peut sembler colossal pour un néophyte. Il faut donc redoubler d’efforts pour justifier de telles sommes, mais aussi pour faire rêver les populations : si l’engouement du public décolle, cela pourrait avoir des retombées positives sur les budgets. A tel point que toutes les agences revoient en permanence leur façon de communiquer.

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Thomas Pesquet, astronaute français, peu de temps après son arrivée à bord de l’ISS. Crédits : NASA/ESA

Il fut un temps où chaque découverte d’exoplanète faisait sensation, et était donc immédiatement publiée. Mais cela semble déjà banal. Et pourtant, la première détection indirecte d’exoplanète a moins de 30 ans, et la première détection directe date de 2008 ! Mais plusieurs milliers d’exoplanètes ont maintenant été découvertes, et il faut changer la façon de communiquer. Ainsi, après avoir communiqué à chaque nouvelle découverte, la NASA a tenté une nouvelle approche : le 10 mai 2016, elle annonçait d’un coup la découverte de 1284 nouvelles exoplanètes. En août, l’ESA annonçait quant à elle la découverte d’une planète bien particulière : l’étoile la plus proche de notre Soleil possède une exoplanète. Lors d’une conférence de presse exceptionnelle, l’agence européenne annonçait la découverte de la plus proche exoplanète, qui serait potentiellement habitable : voilà le genre de découverte qui est capable de bénéficier d’une bonne couverture médiatique. Il n’en faut pas moins si l’on veut marquer les esprits.

Sur fond de musique épique, le CNES (Centre National d’Études Spatiales) a publié une vidéo bilan de la mission Rosetta, mission qui avait suscité un engouement hors norme en France, et plus généralement en Europe. Chaque agence, chaque astronaute, chaque ingénieur devient maintenant un pilier essentiel de la transmission du savoir spatial. L’objectif : faire connaître leur travail, déclencher des vocations, intéresser le grand public. En bref, l’environnement spatial tente de déclencher un renouveau de l’exploration spatiale, porté par le public. Et pour cela, elles s’appuient sur ce que l’espace sait faire de mieux : faire rêver.

Earth
Photo nocturne de la Terre depuis l’ISS. Crédit : NASA

Crédits de l’image de couverture : StarHuntingTrysil

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